L’Hommage de la Discorde : Emmanuel Macron a-t-il Insulté la Mémoire de Catherine Ringer pour Régler ses Comptes ?
La nouvelle a frappé le monde de la culture avec la violence d’une onde de choc. Catherine Ringer, figure tutélaire, voix inoubliable et âme rebelle de la chanson française, nous a quittés. Avec elle, c’est une page entière de l’histoire musicale et culturelle de notre pays qui se tourne, une page écrite à l’encre de l’audace, de la créativité foisonnante et d’une liberté de ton qui aura marqué plusieurs générations. Comme il est de coutume lors de la disparition de personnalités de cette envergure, les hommages se sont multipliés. Des anonymes aux plus grandes stars, l’émotion a submergé l’espace public. Mais dans ce concert de louanges et de larmes, une voix s’est élevée avec un écho particulier, suscitant non pas le recueillement, mais une indignation fulgurante : celle du président de la République, Emmanuel Macron.
En apparence, le message d’Emmanuel Macron obéit aux codes stricts et codifiés de la communication présidentielle. Un tweet, une déclaration formelle, quelques adjectifs bien pesés pour saluer la mémoire de l’artiste. Le chef de l’État l’a qualifiée de personnalité “inclassable”, “profondément française”, et enfin, “irrévérencieuse”. C’est ce dernier mot qui a mis le feu aux poudres. Car derrière ce qui pourrait passer pour une description admirative de l’esprit rock et libre de la chanteuse des Rita Mitsouko, de nombreux observateurs, commentateurs et admirateurs y ont décelé une mesquinerie glaçante, un règlement de comptes posthume indigne de la fonction présidentielle.
Pour comprendre l’ampleur de la polémique qui enflamme aujourd’hui les débats, il faut impérativement replonger dans le contexte, revenir quelques années en arrière. La relation entre Catherine Ringer et le pouvoir, et plus spécifiquement avec Emmanuel Macron, n’a jamais été celle d’une courtisane. Lors d’une cérémonie officielle, un moment qui est resté gravé dans les mémoires collectives, la chanteuse avait publiquement et frontalement esquivé une tentative de bise de la part du président. Les images avaient fait le tour du monde. À l’issue de cet événement solennel, alors qu’Emmanuel Macron s’avançait pour l’enlacer ou lui faire la bise avec cette familiarité qu’il affectionne souvent avec les artistes, Catherine Ringer s’était reculée, sèchement. Elle avait par la suite expliqué son geste avec la franchise désarmante qui la caractérisait : il n’était pas “son pote”. Elle ne mélangeait pas l’institution, le pouvoir politique et les relations personnelles. Elle avait tracé une ligne rouge que le président, visiblement, n’avait pas vue venir.

Cet acte de rébellion douce, cet affront public à l’encontre d’un chef d’État souvent habitué à la déférence, avait fait d’elle une héroïne pour beaucoup. Elle incarnait l’insoumission face à une communication politique parfois jugée trop envahissante ou familière. Et voici qu’aujourd’hui, au moment même de sa disparition, Emmanuel Macron choisit de la qualifier d'”irrévérencieuse”.
Étymologiquement et sémantiquement, l’irrévérence n’est pas un vain mot. C’est le manque de respect. C’est l’absence de vénération due à une autorité, à une personne sacrée ou à une institution. Dans le langage courant, le terme peut parfois revêtir une dimension sympathique lorsqu’il s’applique à un artiste – on aime l’art irrévérencieux, celui qui bouscule les normes. Mais dans la bouche d’un président de la République, évoquant une femme qui l’a publiquement éconduit, le sens glisse inévitablement vers l’aigreur.
Comme l’a souligné avec virulence le commentateur de la chaîne BGNEWS, dont l’analyse reflète le sentiment de nombreux Français aujourd’hui : “L’irrévérence, c’est le manque de respect, ce n’est rien d’autre. Il n’y a rien à faire, il n’a pas su s’en empêcher. Il n’a pas su s’empêcher d’en claquer une bonne petite à Catherine Ringer”. Cette phrase résume la stupéfaction générale. Au lieu de s’élever au-dessus de l’anecdote, au lieu d’incarner la noblesse et la dignité qu’exige le deuil d’une nation, le locataire de l’Élysée semble avoir saisi l’opportunité de ce communiqué solennel pour rendre la monnaie de sa pièce à l’artiste. Une petite phrase glissée l’air de rien, un “tacle” déguisé en hommage, voilà ce que perçoit le public.
Est-ce là l’attitude attendue d’un homme d’État ? La question mérite d’être posée avec la plus grande gravité. Le moment du deuil est traditionnellement un espace de trêve. C’est l’instant où les querelles, qu’elles soient politiques, philosophiques ou personnelles, sont suspendues pour laisser place au respect fondamental dû à la personne disparue. En utilisant un terme aussi chargé politiquement et personnellement, Emmanuel Macron brise ce pacte tacite. Il ramène l’attention sur lui-même, sur sa propre blessure narcissique, éclipsant en partie la célébration de l’œuvre immense de Catherine Ringer.
Le commentateur de BGNEWS n’hésite d’ailleurs pas à utiliser des termes forts, accusant “le petit Manu” d’avoir profité du décès de la star pour se venger en lâche. “Il n’en a pas franchement le droit, mais il aurait peut-être été un peu plus homme de claquer celle-là, de dire que Catherine Ringer est irrévérencieuse, donc manque de respect, de son vivant”, affirme-t-il avec passion. L’argument porte. S’attaquer à quelqu’un, même par le biais d’une sémantique subtile, lorsqu’elle n’est plus en mesure de se défendre, relève pour beaucoup d’une forme de petitesse. Si Emmanuel Macron avait voulu lui signifier qu’il considérait son refus de bise comme un manque de respect, il aurait pu le faire alors qu’elle était là pour lui répondre, avec l’esprit mordant et le panache qu’on lui connaissait. Elle aurait sans aucun doute répliqué avec maestria, remettant les pendules à l’heure avec sa gouaille légendaire. Mais adresser cette pique alors qu’elle vient de s’éteindre laisse un goût amer de rancune inassouvie.
Ce qui choque également dans cette affaire, c’est la persistance de l’ego présidentiel face à la mort. Le rôle d’un président, dans ces moments de communion nationale, est d’être le porte-voix du chagrin populaire. Il s’agit de résumer ce que la personne a apporté au pays. Catherine Ringer a été bien plus que “profondément française”. Elle a été universelle. Avec son complice Fred Chichin, elle a dynamité le paysage musical des années 80. “Marcia Baïla”, “Andy”, “C’est comme ça”, “Les Histoires d’A”… autant d’hymnes qui ont traversé les décennies sans prendre une ride. Sa voix, capable de toutes les acrobaties, son extravagance, sa sincérité absolue ont fait d’elle un monstre sacré. Elle était l’avant-garde, la folie douce, la poésie brute. Résumer une partie de son essence à un “manque de respect” (l’irrévérence), surtout lorsqu’on soupçonne fortement que ce terme est lié à une expérience personnelle du président, est réducteur et perçu comme profondément narcissique.

Cette polémique soulève également un débat plus large sur la manière dont le pouvoir politique tente souvent de s’approprier les artistes, et comment il réagit lorsqu’il échoue. Les artistes de la trempe de Catherine Ringer sont, par nature, des électrons libres. Ils échappent aux éléments de langage, aux protocoles et aux tentatives de récupération. Le refus de Catherine Ringer de se plier à la familiarité présidentielle était l’acte d’une femme qui appartenait à son public, à son art, mais certainement pas aux antichambres du pouvoir. Le fait que le pouvoir n’ait jamais pardonné cette indépendance, au point de le signifier dans une oraison funèbre, en dit long sur la fragilité de ceux qui nous gouvernent.
Sur les réseaux sociaux, la colère gronde. Les admirateurs de l’artiste fustigent l’indécence de la manœuvre. Les termes “honteux”, “petit”, “inélégant” reviennent en boucle pour qualifier le message de l’Élysée. Beaucoup soulignent l’ironie de la situation : en voulant pointer du doigt l’irrévérence de Catherine Ringer, le président fait preuve lui-même de la plus totale irrévérence envers la mort et le deuil. Il désacralise un moment solennel pour solder un vieux compte ridicule lié à son ego.
Finalement, si Catherine Ringer était effectivement inclassable, ce n’est pas le qualificatif “irrévérencieuse” qui devrait définir sa mémoire, du moins pas dans le sens mesquin qu’on y soupçonne aujourd’hui. Son irrévérence à elle était vitale, artistique, joyeuse. Elle n’était pas faite de rancœur recuite, mais d’une soif de vivre en dehors des cases. Elle a prouvé de son vivant qu’elle ne se laissait dicter sa conduite par personne. Et même dans la mort, par l’écho involontaire de cette polémique, elle continue de déranger ceux qui se croient au-dessus de tout.
Catherine Ringer laisse un vide immense. Une femme exceptionnelle s’en est allée, emportant avec elle une certaine idée de la liberté absolue. Qu’un chef d’État tente de ternir cet instant avec une rancune mesquine ne fera qu’écorner sa propre image. L’artiste, elle, reste intouchable. Ses chansons continueront de résonner, sa voix continuera de nous faire vibrer, et son refus fier de faire des courbettes restera comme une leçon d’intégrité. Comme l’aurait dit l’éditorialiste, elle repose désormais loin de ces considérations triviales. Et à ceux qui tentent de salir sa mémoire avec des mots à double tranchant, le public, lui, a déjà choisi son camp : celui de la véritable reine du rock français, à jamais indomptable, à jamais libre.