Zidane et les Bleus : 90 Ans de Drames, de Trahisons et d’Espoir au Cœur du Football Franco-Algérien
Le 28 juillet 2026 restera gravé dans les mémoires non pas comme une simple date dans le calendrier sportif tricolore, mais comme une véritable déflagration. L’histoire du football français n’a pas seulement tourné une page elle a violemment rouvert un livre vieux de 90 ans. Zinedine Zidane succède officiellement à Didier Deschamps. “Zizou sur le banc des Bleus” : une phrase de quelques mots qui a suffi pour provoquer un séisme dépassant largement, et de manière incommensurable, le simple cadre des pelouses, des tableaux noirs et des schémas tactiques. Car voir cet homme, icône absolue et intouchable, s’asseoir sur le banc de touche de l’Équipe de France avec un mandat bétonné jusqu’en 2030, ce n’est pas juste un habile choix sportif ou une simple opération de séduction médiatique pour raviver la flamme des supporters. C’est avant tout l’incarnation vivante, vibrante et poignante d’un fil invisible, parfois glorieux, mais si souvent tragique, tendu à la force des poignets entre les deux rives de la mer Méditerranée.

D’un côté, la France de l’autre, l’Algérie. Deux histoires profondément, charnellement entrelacées, violemment déchirées par la guerre et la colonisation, puis laborieusement recousues par le pouvoir fédérateur du sport, et portées par des hommes d’exception. De la nuit d’évasion clandestine d’avril 1958, où les plus grandes superstars du championnat de France ont fui la métropole pour former l’équipe révolutionnaire du FLN, jusqu’aux frappes chirurgicales d’un modeste gamin de la Castellane au Stade de France, en passant par la génération dorée de Kylian Mbappé, Michael Olise, Rayan Cherki ou Maghnes Akliouche, la prise de pouvoir de Zidane est l’aboutissement vertigineux d’une fresque monumentale. Prenez une grande respiration, installez-vous confortablement, car nous allons disséquer aujourd’hui près d’un siècle de passion brute, de déchirements politiques et de ballon rond.
Le Point de Départ : L’Empire Colonial et l’Émergence d’Ali Benouna
Pour comprendre en profondeur pourquoi la nomination de Zinedine Zidane en ce mois d’août 2026 résonne avec une telle puissance dans l’inconscient collectif, il est absolument vital de remonter le temps et de revenir au véritable point de départ. Loin des titres mondiaux, des contrats faramineux et de l’omniprésence des télévisions, plongeons dans les années 1930. Nous sommes très précisément le 9 février 1936. L’Équipe de France affronte la redoutable Tchécoslovaquie. Ce jour-là, dans l’anonymat relatif d’une époque révolue, un homme entre sur la pelouse et écrit l’histoire à son insu : Ali Benouna, l’attaquant vedette et virevoltant du FC Sète.
En foulant le gazon, Benouna devient officiellement le tout premier joueur d’origine algérienne à revêtir la tunique frappée du coq. Le contexte géopolitique de cette époque est fondamental. L’Algérie n’est pas considérée comme une simple colonie lointaine, mais est juridiquement découpée en départements français. Les hommes nés sur ce sol nord-africain ne sont pas des étrangers aux yeux de la loi ils sont des sujets de l’Empire, des membres d’une France coloniale qui cherche à unifier ses territoires. Benouna ne disputera au total que deux petites rencontres sous ce maillot, mais l’essentiel est ailleurs : la brèche est ouverte. La frontière psychologique et raciale est tombée.
L’année suivante, en 1937, Abdelkader Ben Bouali, un défenseur intraitable natif de Sendjas, lui emboîte le pas et réussit même l’exploit de s’inviter dans le groupe élargi de la sélection française qui prépare activement la Coupe du Monde 1938. Le phénomène ne fait que commencer. Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, alors que le pays est un immense champ de ruines, le mouvement s’accélère drastiquement. La France a cruellement besoin de bras, de sueur et de force ouvrière pour reconstruire son industrie moribonde, tout comme son football cherche désespérément de la créativité et de la hargne. Les talents traversent la Méditerranée par centaines.
Abderrahman Ibrir s’impose brillamment dans les cages tricolores entre 1949 et 1950. Et puis il y a Kader Firoud, avec ses six sélections au début des années 50, qui deviendra plus tard une authentique légende du Nîmes Olympique, le bâtisseur acharné d’un football rigoureux, besogneux et follement passionné. À leurs côtés, des techniciens hors pair comme Ahmed Mihoubi ou encore Saïd Brahimi font vibrer les foules dans les stades hexagonaux. À cet instant précis de la ligne du temps, ces athlètes d’exception portent le maillot bleu sans se poser la moindre question métaphysique ou identitaire. Ils jouent pour la France car l’alternative d’une nation algérienne souveraine n’existe tout simplement pas. Mais dans l’ombre, loin des projecteurs, les plaques tectoniques de l’histoire commencent à se frotter dangereusement.
L’Éruption de la Guerre et la Rébellion d’Avril 1958
Le 1er novembre 1954, la Toussaint Rouge marque dans le sang et le feu le déclenchement officiel de la terrible guerre d’indépendance algérienne. Pour les footballeurs professionnels algériens, adulés le dimanche dans les stades de métropole, le sol commence littéralement à se dérober sous leurs crampons. Le dilemme moral devient d’une violence insoutenable : comment continuer à représenter paisiblement le maillot d’un État dont l’armée combat, bombarde et réprime sur la terre de vos propres ancêtres ?
Le choc frontal, le grand saut dans le vide, se produit au printemps de l’année 1958. L’Équipe de France, forte de certitudes, prépare la Coupe du Monde en Suède. Les Bleus possèdent une génération dorée exceptionnelle. Parmi eux se dresse Mustapha Zitouni, le roc défensif de l’AS Monaco, unanimement considéré par la presse internationale comme l’un des meilleurs défenseurs centraux de la planète. À ses côtés brille Rachid Mekhloufi, le prodige absolu de l’AS Saint-Étienne, fraîchement couronné champion de France, véritable génie pur du jeu offensif. Enfin, Abdelaziz Ben Tifour apporte son expérience inestimable. Tous trois sont des titulaires indiscutables. La France rêve ouvertement d’un sacre mondial avec eux comme fers de lance.
Mais dans l’ombre de la nuit du 13 au 14 avril 1958, le football mondial bascule brutalement dans un authentique roman d’espionnage. Sous l’impulsion de Mohamed Boumezrag, responsable sportif du Front de Libération Nationale (FLN), une opération d’exfiltration clandestine d’une précision horlogère s’organise dans le plus grand des secrets. En pleine nuit, plusieurs footballeurs professionnels algériens font le choix impensable de déserter leurs clubs français. Ils abandonnent absolument tout : leurs contrats en or, leurs salaires faramineux, leurs rutilantes voitures, le confort bourgeois d’une célébrité garantie, et surtout, la perspective dorée d’une Coupe du Monde.
Par des routes détournées, traversant clandestinement la Suisse et l’Italie pour échapper aux services de renseignements français, le point de ralliement est fixé à Rome, avant un envol vers Tunis. Neuf joueurs d’abord, puis rapidement une douzaine, accompagnés de l’entraîneur Mokhtar Arribi, réussissent cette incroyable évasion. Si certains sont interceptés de justesse à la frontière (comme Mohamed Maouche), le coup de maître stratégique et diplomatique est total. Au petit matin, la nouvelle s’abat comme un couperet sur le gouvernement et le football français : ses plus grandes stars algériennes ont tout plaqué pour former “l’Équipe du FLN”, rapidement rebaptisée le “Onze de l’Indépendance”.
Le Football Comme Arme Diplomatique Majeure
La réaction des instances à Paris est, sans surprise, volcanique. Le 17 avril, la Ligue de Football Professionnel suspend immédiatement, et avec perte et fracas, les contrats de ces “déserteurs”. La Fédération Française de Football, piquée au vif, saisit en urgence absolue la FIFA pour exiger le bannissement à vie de ces joueurs et interdire formellement à n’importe quelle nation affiliée de jouer contre cette équipe qualifiée de “fantôme”. La FIFA, obéissant aux pressions occidentales, menace de sanctions cataclysmiques quiconque croiserait le fer avec les Algériens.
Mais pour Mekhloufi, Zitouni, Brahimi et leurs camarades, la nature du terrain a irrémédiablement changé. Le ballon n’est plus un simple objet de divertissement il est devenu une arme diplomatique redoutable, un outil de propagande et d’émancipation. Le 3 mai 1958, à Tunis, devant près de 8 000 spectateurs en plein délire patriotique, l’équipe du FLN brave l’interdit mondial et dispute son tout premier match officiel face à la Tunisie. La victoire est écrasante : 5 à 1, sublimée par un doublé de Saïd Brahimi.
Pendant quatre longues années, bravant inlassablement le boycott international, cette équipe de sans-papiers devient le meilleur et le plus charismatique ambassadeur de la cause algérienne à travers le globe. Ils parcourent le monde arabe, le Maghreb, le Moyen-Orient, mais aussi les pays du bloc de l’Est et l’Asie. Selon les sources historiques, ils disputent entre 62 et 90 rencontres internationales. Ils battent des nations majeures, font résonner l’hymne algérien dans les stades du monde entier, des années avant que leur pays ne soit officiellement reconnu sur la grande carte géopolitique mondiale.
Pendant ce temps, la France dispute sa Coupe du Monde 1958 en Suède. Privée de la maestria de Zitouni et Mekhloufi, la sélection, portée par Raymond Kopa et l’incroyable Just Fontaine, réalise un parcours héroïque et termine sur la troisième marche du podium. Mais une question vertigineuse hantera pour l’éternité les historiens du sport : qu’aurait pu accomplir cette Équipe de France si elle avait pu aligner dans ses rangs le meilleur stoppeur de l’époque et un maître à jouer de la trempe de Mekhloufi ? La réponse a été engloutie par la tragédie de la guerre.
L’Indépendance, le Grand Vide et le Destin Brisé d’Omar Sahnoun
Après les accords d’Évian et l’indépendance actée dans le sang et la liesse en juillet 1962, le paysage sportif est totalement dévasté. En Équipe de France, c’est le grand vide. Un silence radio glaçant s’installe. La blessure laissée par la guerre est bien trop vive, les rancœurs trop tenaces, le ressentiment trop frais dans l’opinion publique. Khennane Mahi avait été le tout dernier joueur d’origine maghrébine à porter le maillot bleu, fin 1961 contre la Bulgarie, avant de choisir logiquement de défendre les couleurs de la toute jeune et souveraine sélection algérienne.
Après ce départ, s’ouvre une effroyable traversée du désert de 14 ans. De 1962 à 1976, pas un seul footballeur issu de l’immigration maghrébine ne sera appelé en Équipe de France. Quatorze années de néant qui racontent, mieux que de longs discours sociologiques, les immenses traumatismes mémoriels d’un pays post-colonial et le manque cruel de structures pour intégrer dignement les enfants de la première vague d’immigration dans les centres de formation hexagonaux.
Dans cet intervalle, certains des héros du FLN tentent de reprendre le fil de leur carrière. Rachid Mekhloufi accomplit un destin absolument hors du commun. Défiant les préjugés, il revient en France en 1962, s’engage de nouveau à l’AS Saint-Étienne, alors empêtrée en deuxième division. Par son talent ahurissant, il fait remonter le club parmi l’élite, redevient le roi incontesté du Chaudron, et remporte trois nouveaux titres de champion de France. Il s’offre même un départ féérique lors de la finale de la Coupe de France 1968 face aux Girondins de Bordeaux, où il inscrit les deux buts de la victoire. Lors de la remise du trophée, le moment est historique : le Général de Gaulle lui serre la main et lui lance cette phrase entrée dans la légende : “La France, c’est vous !”. Mekhloufi bouclera la boucle de sa vie en devenant le sélectionneur des Fennecs lors du légendaire Mondial 1982, scellant sa place au panthéon des deux nations, avant de nous quitter en novembre 2024.
Il faudra attendre le milieu des années 70 pour que la glace institutionnelle ne se brise enfin. Le 24 avril 1976, au stade Félix Bollaert de Lens, le mythique sélectionneur Michel Hidalgo prend une décision forte et lance Farès Bousdira à la 56ème minute face à la Pologne. Trente-quatre petites minutes de jeu, une seule sélection au compteur, mais la lourde porte s’entrouvre à nouveau. Un an plus tard, en février 1977, c’est Omar Sahnoun qui enfile la tunique tricolore face à la redoutable Allemagne de l’Ouest.
L’histoire d’Omar Sahnoun est particulière, vibrante, mais surtout infiniment douloureuse. Né en Algérie en 1955, il arrive très jeune en France. Il est le fils d’un harki, ces Algériens ayant combattu aux côtés de l’armée française, souvent perçus comme des traîtres dans leur pays d’origine et parqués dans des camps en métropole. Sa présence chez les Bleus rappelle que l’histoire franco-algérienne est faite de nuances insaisissables, de trajectoires infiniment complexes qu’on ne peut décemment pas enfermer dans un affrontement binaire entre deux drapeaux.
Milieu de terrain à l’élégance rare sous les couleurs du FC Nantes, Sahnoun accumule six sélections prometteuses. Il semble destiné à devenir le patron du milieu de terrain lors de la Coupe du Monde 1978 en Argentine. Mais le sort s’acharne avec une cruauté indicible. Un grave problème cardiaque est détecté et le stoppe net. Refusant de capituler, il se bat, obtient le droit de rejouer et signe à Bordeaux. Le 21 avril 1980, le drame absolu survient. En plein entraînement avec les Girondins, son cœur épuisé s’arrête brutalement. Omar Sahnoun s’éteint à l’âge de 24 ans. La tragédie foudroie le football français, laissant le souvenir impérissable d’un talent immense coupé dans la fleur de l’âge.
L’Aube d’une Nouvelle Ère : Zinedine Zidane et la Consécration Mondiale
Pendant près d’un demi-siècle, la relation complexe entre l’Algérie et l’Équipe de France a été écrite dans la douleur, la rupture, le devoir politique étouffant et les rendez-vous tragiquement manqués. Et puis est arrivé ce fameux 17 août 1994, à Bordeaux.
La France s’enfonce dans le doute. Les Bleus sont menés 2 à 0 par une séduisante équipe de République Tchèque. Aimé Jacquet, cherchant désespérément une étincelle, fait entrer un jeune homme de 22 ans flanqué du numéro 14 dans le dos. Il est terriblement timide, il a les cheveux bruns coupés courts et les yeux rivés au sol. Son père, Smaïl, a quitté la rudesse de la Kabylie dans les années 1950 pour venir s’user la santé sur les chantiers du bâtiment avant d’atterrir dans la cité de la Castellane à Marseille. Ce jeune homme s’appelle Zinedine Zidane.
En l’espace de trois petites minutes d’une rare intensité, l’histoire du football bascule définitivement. Zidane contrôle de manière magistrale, crochette son vis-à-vis et déclenche une frappe monumentale du pied gauche des 25 mètres qui va nettoyer la lucarne. Quelques instants plus tard, sur un corner de Jocelyn Angloma, il s’élève plus haut que tout le monde et catapulte une tête rageuse au fond des filets. Deux partout. Ce n’était pas juste un doublé salvateur pour une première sélection c’était la profession de foi éclatante d’un règne qui allait bouleverser la planète.
De 1994 à 2006, Zidane ne va pas se contenter de porter l’Équipe de France il va littéralement l’incarner avec une grâce divine. Avec 108 sélections et 31 buts, il offre au pays sa première Coupe du Monde en 1998, un sacre dont l’image de son visage projeté sur l’Arc de Triomphe restera gravée à jamais. Il éclabousse de sa classe l’Euro 2000 et achève son immense carrière sur une finale 2006 au goût âcre d’éternité et d’inachevé. Zidane devient l’icône absolue du sport français. Surtout, tout en restant viscéralement attaché à ses racines kabyles, il démontre au monde entier que l’on peut porter le maillot tricolore au sommet de la planète tout en honorant la mémoire, la fierté et la culture d’une famille venue de l’autre côté de la Méditerranée.
Les Fantômes du Passé : Le Match Cauchemar de 2001
Cependant, la consécration unificatrice de 1998, cette parenthèse enchantée de la génération “Black-Blanc-Beur”, n’a pas eu le pouvoir d’effacer les blessures de l’histoire d’un simple coup de baguette magique. Pour mesurer toute la lourdeur et la complexité de l’héritage que Zidane récupère aujourd’hui en tant que sélectionneur, il faut obligatoirement s’arrêter sur une date gravée au fer rouge : le 6 octobre 2001.
Ce soir-là, le Stade de France accueille un événement présenté comme historique, censé être la grande fête de la réconciliation : la toute première rencontre amicale entre la France et l’Algérie depuis l’indépendance de 1962. Sur le papier, c’est l’affiche parfaite, le symbole d’une jeunesse franco-algérienne qui célèbre pacifiquement ses deux amours. Sur le terrain, Zidane porte avec fierté le numéro 10 tricolore. Autour de l’enceinte, l’engouement est irrationnel, l’atmosphère d’une électricité féroce. Mais très vite, la pelouse cesse d’être un terrain de jeu pour devenir le réceptacle des haines recuites et des mémoires non cicatrisées.
Dès l’échauffement, la Marseillaise est noyée sous un torrent de sifflets stridents, humiliant les autorités présentes en tribune. Alors que les Bleus dominent outrageusement et mènent 4 à 1, l’impensable se produit à 15 minutes de la fin du temps réglementaire. Des dizaines, puis des centaines de jeunes supporters, pour la plupart nés en France mais drapés de l’emblème algérien, envahissent massivement la pelouse. Le match sombre dans le chaos total et est définitivement interrompu. Les joueurs sont exfiltrés à la hâte. Les images ahurissantes de cette soirée font le tour du monde, mettant cruellement en lumière le gouffre béant qui persiste entre les générations, l’échec cuisant des politiques d’intégration, et la survivance de traumatismes mémoriels jamais totalement digérés des deux côtés de la mer.
Karim Benzema et les Nouveaux Déchirements de la Double Culture
C’est dans ce climat social hautement inflammable que la génération suivante fait son apparition. Dans le sillage protecteur de Zidane, une nouvelle vague de joueurs aux origines algériennes émerge au plus haut niveau européen. Mais le contexte institutionnel a changé. Désormais, le règlement officiel de la FIFA autorise les binationaux à choisir librement leur sélection senior, ouvrant une ère de spéculations médiatiques, de pressions acharnées et de débats passionnés sur l’identité nationale.
Camel Meriem honore brièvement le maillot bleu, puis viennent deux talents purs de la fameuse génération 1987 : Samir Nasri et Karim Benzema. Le cas Benzema, en particulier, va hystériser et polariser le football français pendant plus d’une décennie. Attaquant hors normes, quintuple vainqueur de la Ligue des Champions avec le grand Real Madrid et Ballon d’Or 2022, l’enfant de Bron réalise une carrière monumentale. Mais son histoire avec l’Équipe de France sera un véritable roman noir, fait de fulgurances incroyables, de longues traversées du désert, d’exclusions polémiques liées à des affaires extra-sportives, et de retours spectaculaires sous l’ère Deschamps.
Ses prises de parole franches sur son attachement profond à l’Algérie sont disséquées au microscope par les médias de masse et récupérées par la classe politique, prouvant, s’il en était besoin, que porter le maillot bleu en étant issu de l’immigration algérienne suscite encore aujourd’hui un niveau de scrutation, d’exigence comportementale et de suspicion unique en son genre. Quelques années plus tard, c’est le cas du meneur de jeu Nabil Fekir qui ravive cette compétition féroce entre la FFF et la FAF en 2015. Après des semaines d’hésitation publique et de pressions immenses venues d’Alger et de Paris, le Lyonnais choisit finalement la France, avec laquelle il sera sacré champion du monde en 2018.
2026 : Zinedine Zidane, Mbappé et la Révolution Attendue
Et nous voici propulsés dans l’actualité brûlante de septembre 2026. Zinedine Zidane prépare avec minutie son tout premier rassemblement officiel pour le retour de la Ligue des Nations. Le visage de l’Équipe de France a encore fondamentalement muté. La génération qui vient de batailler lors de la Coupe du Monde 2026 sous les ordres pragmatiques de Didier Deschamps compte dans ses rangs des joueurs dont les liens organiques avec l’Algérie racontent la réalité de la France contemporaine, mondialisée et décomplexée.
Regardez l’effectif avec attention. Il y a Kylian Mbappé, le capitaine incontesté, lié charnellement à l’Algérie par sa mère Faiza Lamari. Il y a le prodige virevoltant Michael Olise, né à Londres, pur produit de la mondialisation, possédant un passeport britannique, un père nigérian et une mère franco-algérienne. Il y a le magicien Rayan Cherki, dont la virtuosité technique prend ses racines du côté maternel, sous le soleil de Biskra. Et il y a l’élégant Maghnes Akliouche, né en banlieue parisienne de parents originaires de Kabylie, à l’élégance pure balle au pied.
Pour ces jeunes superstars retenues pour le nouveau cycle 2026, la donne a fondamentalement changé par rapport aux drames de 1958 ou aux tensions de 2001. Ils sont nés en Europe, ont grandi dans une société hyper-connectée et n’ont pas vécu les horreurs de la colonisation. Leurs choix sportifs ne portent plus le poids étouffant de la tragédie politique ni le caractère irréversible de l’époque de Mekhloufi. Pourtant, par leur talent, leur histoire familiale et leur simple présence, ils restent les héritiers vivants, les dépositaires silencieux de ces 90 ans d’histoire tourmentée.
Voir Zinedine Zidane prendre les régalies de l’Équipe de France jusqu’en 2030, c’est assister à la fermeture majestueuse d’une boucle temporelle inouïe. C’est l’histoire d’Ali Benouna en 1936 qui trouve sa concrétisation la plus éclatante, la plus absolue. Un siècle entier d’allers-retours, d’exils clandestins, de drames personnels effroyables, de triomphes planétaires et de passions irrationnelles se trouve concentré dans le regard déterminé du nouveau sélectionneur.
Mais sur le banc de touche, la poésie de l’histoire s’efface souvent devant la cruauté des résultats immédiats. Ce 1er août 2026, Zidane hérite d’un empire laissé par Didier Deschamps, fort de 14 ans d’un règne cynique, méthodique et outrageusement victorieux. La véritable question qui brûle les lèvres des analystes commence maintenant : comment Zizou va-t-il façonner ces nouveaux Bleus ?
Car dès le mois de septembre, pour la reprise de la Ligue des Nations, le temps des célébrations mémorielles sera révolu. Il faudra impérativement des points, du beau jeu et des choix forts. Le premier immense chantier de Zidane réside dans la gestion des hommes et la fluidité créative. Sous Deschamps, l’équipe était une machine de transition froide et impitoyable. Mais avec l’éclosion de profils ultra-techniques comme Cherki, Akliouche et Olise, associés à la vitesse foudroyante de Mbappé, le public tricolore exige une révolution. Ils veulent de la liberté, du spectacle, du romantisme.
Rappelez-vous de son passage phénoménal sur le banc du grand Real Madrid : Zidane n’a jamais été un dogmatique rigide. Sa plus grande force reste son intelligence relationnelle, sa capacité unique à sublimer les immenses egos et à octroyer une liberté totale au créateur dans les 30 derniers mètres, tout en imposant une discipline de fer à la perte de balle. Va-t-il installer un système tactique fluide où les ailiers désertent les couloirs pour alimenter l’axe ? Va-t-il oser confier les clés de la transmission à la jeune garde tout en préservant l’équilibre défensif sacro-saint du très haut niveau ?
Ce rassemblement de la rentrée 2026 n’est que le premier acte d’une symphonie de quatre ans qui doit mener la France au sommet du monde en 2030. Zidane sait pertinemment que l’histoire tragique ou glorieuse ne fait pas gagner des matchs. Mais il sait aussi, dans son for intérieur, que ce maillot bleu possède une âme, une mémoire viscérale façonnée par des générations de talents venus de tous les horizons, dont il est aujourd’hui le chef d’orchestre ultime.
En Conclusion : Le Triomphe de la Mémoire et du Jeu
En prenant un recul nécessaire sur cette immense fresque de 90 ans, du match pionnier sous le soleil de Sète jusqu’à l’intronisation officielle de l’idole nationale le 28 juillet 2026, une évidence absolue s’impose à tous. Le football entre la France et l’Algérie n’a jamais été, ne serait-ce qu’une seule seconde, une simple affaire de ballon rond ou de statistiques. Il a toujours été le miroir grossissant des fractures sociales, des douleurs intimes, mais aussi des plus belles heures de liesse collective des deux côtés de la Méditerranée.
Penser à l’audace de l’équipe du FLN en 1958, c’est se rappeler que des hommes ont osé sacrifier la gloire individuelle absolue pour défendre un idéal de liberté. Penser aux années de silence institutionnel qui ont suivi l’indépendance, puis à la mort tragique de Sahnoun, c’est se souvenir avec émotion que les trajectoires humaines refusent catégoriquement de se laisser enfermer dans des schémas politiques étriqués.
L’arrivée du gamin de la Castellane en 1994 a unifié les cœurs meurtris et hissé la France au zénith de la gloire sportive. En devenant aujourd’hui le 18ème sélectionneur de l’histoire, Zidane parachève la plus incroyable des odyssées sociologiques. Sous son autorité bienveillante, la génération actuelle de Kylian Mbappé, Michael Olise et Rayan Cherki pourra porter cette double culture avec la fierté décomplexée de son époque. Ce contrat qui s’étire jusqu’en 2030 n’est pas seulement une excitante aventure tactique c’est d’ores et déjà un chapitre majeur de l’histoire du sport mondial. Avec Zinedine Zidane à la barre, c’est le triomphe incontestable du beau jeu, du respect des ancêtres, et d’une mémoire enfin apaisée.