Gaza face au « Culturicide » : Le combat des artistes palestiniens contre l’effacement et le silence de la communauté internationale

L’actualité géopolitique du Proche-Orient est souvent réduite à une litanie de chiffres macabres et de déclarations diplomatiques. Pourtant, derrière les rapports militaires et les annonces politiques, se joue une tragédie infiniment plus insidieuse : la volonté méthodique de détruire l’âme, l’histoire et l’identité d’un peuple. En juin 2026, l’émission « À l’air libre » du site d’information indépendant Mediapart a mis en lumière ce drame invisible, réunissant des journalistes, des chercheurs et des artistes palestiniens exilés. Leurs témoignages poignants esquissent les contours d’une guerre qui ne vise pas seulement à anéantir des vies humaines, mais à effacer purement et simplement la société palestinienne de la mémoire collective.

L’illusion diplomatique des cessez-le-feu

Alors que des rumeurs de cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah libanais agitent la sphère médiatique, et qu’une « paix improbable » est régulièrement invoquée par Washington concernant Gaza, la réalité sur le terrain dessine un tout autre paysage. Pour Gwenaël Lenoir, journaliste spécialiste du Proche-Orient à Mediapart, l’utilisation même du terme « cessez-le-feu » a perdu tout son sens. Elle agirait davantage comme un puissant narcotique politique destiné à endormir l’opinion publique et à rassurer les dirigeants occidentaux, plutôt que comme un véritable outil de pacification.

Sur le terrain, ces accords successifs et systématiquement bafoués (en novembre 2024, en avril 2025) ont principalement servi à acter des annexions territoriales. La journaliste rappelle qu’officiellement, le cessez-le-feu d’octobre 2025 a entériné l’occupation de la moitié de la bande de Gaza par l’armée israélienne. Aujourd’hui, cette occupation s’étendrait sur près de 60 à 70 % d’un territoire exigu mesurant à peine 40 kilomètres de long, où s’entassent plus de deux millions de personnes. Pour la poétesse et étudiante gazaouie Nour Elassi, exilée en France, l’omniprésence du mot « cessez-le-feu » dans la presse européenne est « la pire des choses qui se soit produite ». Ce récit médiatique lénifiant permet au monde de détourner le regard, ignorant sciemment que le blocus humanitaire et les massacres se poursuivent quotidiennement, loin des caméras.

Le « Culturicide » : Une politique délibérée d’anéantissement mémoriel

Au-delà des 72 000 morts et 172 000 blessés recensés par l’ONU depuis octobre 2023, c’est l’infrastructure intellectuelle et patrimoniale de Gaza qui est méthodiquement ciblée. Marion Slitine, anthropologue à l’EHESS et spécialiste de la création artistique palestinienne, utilise un terme juridique et sociologique lourd de sens pour qualifier cette stratégie : le « culturicide ».

Ce concept, pierre angulaire du génocide, désigne la destruction intentionnelle des traces prouvant l’existence passée et présente d’un peuple. Avant la guerre, Gaza n’était pas le champ de ruines permanent que l’on imagine souvent. Le territoire abritait une centralité culturelle majeure, bouillonnante de créativité. L’anthropologue dresse un inventaire funeste : 72 centres culturels rasés, des musées archéologiques pulvérisés, des bibliothèques, un conservatoire de et des galeries d’art réduits en cendres. Les archives municipales, ciblées dès novembre 2023, symbolisent cette volonté d’effacement mémoriel.

Mais le culturicide ne s’attaque pas seulement aux murs ; il s’en prend à ceux qui pensent et créent. Outre les quelque 300 journalistes tués, de nombreux artistes ont été sciemment éliminés, à l’image du photographe Fadi Al Marari ou du plasticien Mohamed Sami, péri lors du bombardement de l’hôpital Al-Ahli. En frappant la communauté intellectuelle, la stratégie militaire vise à faire taire les témoins et à paralyser la capacité de la société palestinienne à imaginer son avenir.

L’exil intérieur et le traumatisme des disparus

Pour ceux qui ont échappé à la mort, la destruction totale de leur environnement familier engendre une nouvelle forme de souffrance psychologique. Ahmad Sour, chercheur à l’Université de Tours et ancien directeur de l’ONG culturelle Tamer Institute à Gaza, a pu constater l’ampleur de ce désastre de ses propres yeux avant son exil. De retour dans son quartier de Gaza-ville lors d’une courte trêve, il a été confronté à un paysage lunaire, méconnaissable. « La manière d’exil des Gazaouis, c’est l’exil intérieur », confie-t-il avec émotion. Nul besoin de franchir une frontière pour se sentir arraché à sa terre lorsque sa propre rue, sa maison et ses souvenirs matériels ont été vaporisés.

À cette aliénation géographique s’ajoute le fléau indicible des disparus. Selon les estimations, au moins 11 000 personnes manquent à l’appel. Enfouies sous des tonnes de gravats que l’armée israélienne refuse de laisser déblayer en interdisant l’accès aux engins de terrassement, ou détenues dans le secret des prisons israéliennes, ces disparitions empêchent les familles d’entamer le moindre processus de deuil. Comme l’analyse Gwenaël Lenoir, volatiliser un individu sans laisser de traces constitue l’une des blessures les plus profondes que l’on puisse infliger à une société, interdisant toute reconstruction intime et collective.

La France claque la porte : Le scandale du programme PAUSE

Face à cette tentative d’effacement, la culture devient le dernier refuge de la résistance palestinienne. En France, des initiatives telles que le collectif Mahan for Gaza ou le SAB Festival organisé à la Gaîté Lyrique de Paris, s’efforcent d’offrir une vitrine à cette créativité foisonnante. Ces événements mettent en lumière des œuvres puissantes, comme la reconstitution virtuelle du musée de Palestine ou le projet “Lighthouse” de l’artiste Sharif Sarhan, répliquant à Marseille un phare fait de matériaux de guerre recyclés.

Pourtant, cette solidarité citoyenne se heurte aujourd’hui à un mur institutionnel d’une froideur révoltante. Le programme PAUSE, piloté par le Collège de France et plusieurs ministères, permet habituellement d’accueillir sur le sol français des scientifiques et artistes en danger venus du monde entier (Ukraine, Syrie, etc.). Cependant, les intervenants de l’émission révèlent que ce dispositif a été insidieusement gelé par le gouvernement français pour les seuls ressortissants de Gaza.

Selon l’anthropologue Marion Slitine, après de multiples atermoiements officiels justifiés par la complexité géopolitique, le ministère de l’Intérieur français bloque désormais délibérément les dossiers des lauréats gazaouis. Alors que l’Italie a organisé plus d’un millier d’évacuations depuis octobre 2023, la France stagne péniblement autour de 650. Cette paralysie administrative est dénoncée comme une mesure ouvertement discriminatoire et une forme insoutenable de punition collective infligée à des intellectuels qui, sur place, risquent la mort à chaque instant.

La culpabilité du survivant : Le cri d’une poétesse en exil

Face à la passivité des chancelleries occidentales, la colère des exilés palestiniens trouve un écho dans l’art. Nour Elassi dénonce l’hypocrisie de la communauté internationale et le double discours des médias européens, qu’elle juge complices par leur traitement édulcoré du massacre en cours. L’absence de grands débats publics et la diminution des manifestations en France, comparativement à des villes comme Londres, laissent un goût amer à cette jeune génération qui porte sur ses épaules le fardeau d’une tragédie historique.

Dans un moment de grâce télévisuelle, Nour Elassi a clôturé l’émission par la lecture d’un poème issu de son futur recueil, Ceci est ma maison. Ses vers incandescents traduisent la souffrance indicible de l’exil et la cruelle culpabilité de celui qui a survécu : « Survivante, étudiante… dans ma bouche, ils pourrissent. Ce que la survie est un pays construit sur des tombes. Et chaque pas que je fais vers l’avant, j’ai l’impression de me détourner des braises. » À travers son témoignage, c’est l’essence même de la résistance palestinienne qui résonne : si la guerre s’acharne à détruire les pierres et les corps, l’art et les mots, eux, survivront toujours pour témoigner de l’effacement qu’on a voulu leur imposer.

Disclaimer: This story is fictional and created for entertainment purposes only. Any names, characters, places, or events are fictitious or used fictitiously. No real person or organization is intended to be portrayed.

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