Carlo Pedersoli, l’homme aux mille vies : les ultimes confidences et le destin hors norme de Bud Spencer

Le 27 juin 2016, le monde du cinéma retenait son souffle. Carlo Pedersoli, immortalisé sous le pseudonyme de Bud Spencer, tirait sa révérence à l’âge vénérable de 86 ans. Dans une chambre d’hôpital de la capitale italienne, entouré de l’affection inébranlable de sa famille, le géant débonnaire du cinéma européen a prononcé un ultime mot avant de fermer les yeux : « Grazie » (merci). Ce murmure, empreint d’une humilité bouleversante, résume à lui seul l’essence d’un homme dont la vie fut infiniment plus riche, complexe et fascinante que les innombrables bagarres burlesques qui ont forgé sa légende sur le grand écran.

Derrière la carrure imposante et les poings d’acier qui faisaient trembler les méchants d’opérette dans les westerns spaghettis, se cachait un esprit brillant, une âme romantique et un véritable polymathe moderne. Pour saisir toute la dimension de la perte ressentie ce jour de juin, il est indispensable de retracer la trajectoire hors du commun de cet enfant de Naples devenu une icône mondiale, dont le sourire malicieux a traversé les frontières et les générations.

Les Racines Napolitaines et l’Éveil d’un Champion Sportif

L’histoire de Carlo Pedersoli débute le 31 octobre 1929 dans le quartier effervescent de Santa Lucia, à Naples. Fils d’Alessandro Pedersoli, un homme d’affaires d’origine lombarde, et de Rosa Facchetti, le jeune Carlo grandit dans une atmosphère où la chaleur humaine, les effluves marins et la débrouillardise napolitaine règnent en maîtres. Dès son plus jeune âge, il est imprégné par cette culture du sud de l’Italie, forgeant un lien indéfectible avec la ville qui nourrira plus tard son esprit créatif. Il partage d’ailleurs le même immeuble qu’un autre futur grand nom de la culture italienne, l’écrivain et philosophe Luciano De Crescenzo, avec qui il tisse des liens d’amitié précoces.

C’est toutefois à Rome, où la famille s’installe en 1940, que le destin de Carlo commence à se dessiner véritablement. Poussé par une vitalité débordante, il découvre la natation en rejoignant la Società Sportiva Lazio. Grand, athlétique et doté d’une détermination farouche, il se distingue rapidement dans les bassins. Alors que le monde panse péniblement les plaies de la Seconde Guerre mondiale, le jeune homme devient un symbole d’espoir et de résilience sportive pour l’Italie entière.

En septembre 1950, l’histoire sportive du pays retient son nom : Carlo Pedersoli devient le tout premier nageur italien à franchir la barre mythique de la minute sur l’épreuve reine du 100 mètres nage libre, avec un temps époustouflant de 59,5 secondes. Son parcours athlétique exceptionnel le conduit jusqu’aux sommets mondiaux. Il participe fièrement aux Jeux Olympiques de Helsinki en 1952, puis à ceux de Melbourne en 1956. Non content de briller en natation individuelle, il s’illustre également au water-polo, un sport exigeant physiquement, remportant la médaille d’or aux Jeux Méditerranéens de 1955 à Barcelone avec l’équipe nationale. Sa carrière sportive, récompensée des décennies plus tard par le prestigieux Caimano d’oro, aurait pu suffire à combler une vie entière. Mais pour Carlo, ce n’était qu’un échauffement.

L’Appel du Monde et la Naissance d’une Légende du Cinéma

Doté d’une curiosité insatiable et d’un goût prononcé pour l’aventure, Carlo s’expatrie un temps en Amérique du Sud. À la fin des années 1940, il travaille pour le consulat italien à Recife, au Brésil, où il maîtrise la langue portugaise et s’imprègne de nouvelles cultures. De retour en Europe, il mène de front ses exploits sportifs et de brillantes études de chimie à l’Université La Sapienza de Rome, prouvant une fois de plus la dualité de son intelligence, à la fois intellectuelle et physique. Pourtant, c’est le septième art qui finira par l’attirer irrésistiblement.

Ses premiers pas au cinéma, au début des années 1950, sont discrets. Il fait des apparitions, notamment en tant que garde prétorien massif dans l’épopée hollywoodienne « Quo Vadis ». Néanmoins, le véritable tournant de sa vie n’est pas d’abord professionnel, mais personnel. En 1960, il épouse Maria Amato, la fille du puissant producteur de cinéma Giuseppe Amato. Ce mariage, qui durera plus d’un demi-siècle, sera le roc inébranlable de sa vie. Ensemble, ils auront trois enfants : Giuseppe, Christiana et Diamante.

C’est en 1967 que le destin de Carlo bascule définitivement. Le réalisateur Giuseppe Colizzi lui confie un rôle majeur dans le film « Dieu pardonne… moi pas ! ». Sur ce tournage, il croise la route d’un autre acteur charismatique, Mario Girotti. Sentant le potentiel international du film, la production leur demande d’adopter des pseudonymes anglo-saxons pour conquérir le marché mondial. Mario devient Terence Hill, tandis que Carlo choisit Bud Spencer, un double hommage affectueux à l’acteur Spencer Tracy, qu’il admirait profondément, et à sa marque de bière favorite, la Budweiser.

Le duo est né, et avec lui, une véritable révolution du divertissement populaire. À travers dix-huit films, dont les incontournables « On l’appelle Trinita » (1970) et « On continue à l’appeler Trinita » (1971), ils inventent et popularisent une nouvelle forme de western comique. Ils chorégraphient des bagarres homériques, rythmées et sonores, totalement dépourvues de malice cruelle ou de sang. Leur alchimie à l’écran est absolue. En cinquante ans de collaboration ininterrompue et de succès planétaire, les deux hommes ne se disputeront jamais, cultivant une amitié fraternelle d’une rare pureté dans un milieu du spectacle souvent gangrené par les jalousies et les rivalités d’ego.

Un Esprit Universel : De la Musique à la Conquête des Cieux

Résumer l’impact de Bud Spencer à son seul rôle de redresseur de torts taciturne et affamé serait une erreur monumentale. L’homme cultivait un jardin secret foisonnant, loin des projecteurs. Doté d’une sensibilité artistique remarquable, il fut parolier et compositeur, écrivant des textes poignants pour des grands noms de la chanson italienne, tels qu’Ornella Vanoni. Il a même composé et interprété des chansons d’amour touchantes pour son épouse Maria.

Son ingéniosité le poussa également vers le domaine technique et l’invention. Il a notamment breveté des améliorations pour l’équipement de natation, prouvant que son esprit créatif refusait de rester enfermé dans une seule case. Plus impressionnant encore fut son amour naissant pour les airs. Fasciné par l’aviation à la suite d’un tournage en Amazonie, il retourna sur les bancs de l’école pour obtenir ses brevets de pilote d’avion de ligne et d’hélicoptère. Cette passion dévorante déboucha, en 1984, sur la création de Mistral Air, une compagnie aérienne à vocation humanitaire et spirituelle, destinée à transporter des pèlerins vers les grands lieux de culte catholiques, comme Lourdes. Il prit lui-même les commandes à plusieurs reprises pour acheminer des enfants malades.

Dans les années 2000, sa soif d’engagement civique le conduisit même à se présenter aux élections régionales du Latium sous l’étiquette du parti Forza Italia. Bien qu’il n’ait pas été élu, cette incursion politique démontrait son besoin viscéral d’agir et de s’impliquer dans la vie de sa communauté. Il disait d’ailleurs, avec son humour dévastateur et caractéristique, qu’il avait pratiqué presque tous les métiers du monde, à l’exception notable de danseur étoile, de jockey et de politicien de carrière.

La Tombée du Rideau et un Héritage Désormais Immortel

Les derniers instants de Carlo Pedersoli, tels que relatés avec émotion par son fils Giuseppe, furent d’une sérénité absolue. Il n’y eut pas de souffrance, pas d’agonie prolongée liée à la maladie, mais un lent et paisible relâchement. Jusqu’à la fin de la journée du 27 juin 2016, son esprit vif et sa tendresse envers les siens sont restés intacts. Conscient que l’heure du grand départ approchait, il a continué à savourer des plaisirs simples avec les siens, évoquant sa célèbre recette de pasta e fagioli, ou se remémorant les immenses fous rires provoqués sur les plateaux de tournage.

L’annonce de sa disparition a déclenché une onde de choc émotionnelle massive à travers l’Europe et le reste du globe. Les funérailles romaines ont rassemblé des milliers d’anonymes, de fans éplorés et de dignitaires, venus dire adieu à leur protecteur de pellicule. Terence Hill, le cœur brisé par la perte de sa moitié cinématographique, a salué la mémoire de son meilleur ami avec une dignité et une tristesse indicibles, rappelant qu’il n’avait jamais eu la moindre altercation avec ce géant bon enfant.

Aujourd’hui, l’héritage de Bud Spencer dépasse très largement les simples rediffusions télévisées qui continuent pourtant d’enchanter de nouvelles générations d’enfants et d’adultes. La ferveur populaire à son égard a pris des proportions institutionnelles. À Budapest, en Hongrie, où ses films représentaient un souffle de liberté sous le régime communiste, une magnifique statue de bronze veille sur le Danube depuis 2017. En 2021, un grand musée entièrement dédié à sa carrière tentaculaire et à sa vie personnelle a ouvert ses portes à Berlin, attirant des pèlerins cinéphiles des quatre coins de l’Europe. Même l’industrie vidéoludique a rendu un hommage vibrant au duo mythique avec des jeux d’action rendant honneur à leurs célèbres chorégraphies martiales, prouvant que l’engouement ne faiblit absolument pas.

Carlo Pedersoli était incontestablement bien plus qu’une légende du cinéma d’action italien. Il était l’incarnation d’une générosité sans aucune limite, d’un talent protéiforme et d’une joie de vivre irrésistible qui contaminait quiconque croisait son chemin. Son dernier mot, ce simple « merci » prononcé dans un murmure, était un adieu adressé non seulement à sa famille bien-aimée, mais aussi à la vie elle-même. Une vie qu’il aura croquée à pleines dents, avec courage, intégrité et une infinie tendresse. En retour, c’est le public du monde entier, orphelin de son héros populaire, qui continuera de lui répondre à l’unisson pour l’éternité : Merci à vous, Monsieur Pedersoli.

Disclaimer: This story is fictional and created for entertainment purposes only. Any names, characters, places, or events are fictitious or used fictitiously. No real person or organization is intended to be portrayed.

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