L’Amour Éternel et le Lourd Secret de Freddie Mercury : Pourquoi Mary Austin Vend-Elle Tout à 73 Ans ?
Pendant plus de trois décennies, elle est restée la gardienne invisible d’un sanctuaire figé dans le temps. Dans la somptueuse demeure de Garden Lodge à Kensington, chaque meuble, chaque costume de scène, chaque manuscrit de chanson était resté exactement là où Freddie Mercury les avait laissés. Mary Austin, la femme que le légendaire chanteur de Queen considérait comme son seul véritable amour, a veillé sur cet héritage avec une dévotion absolue. Mais aujourd’hui, à 73 ans, celle qui s’est murée dans le silence depuis la mort tragique de la star en 1991 vient de prendre une décision qui a créé l’onde de choc : la mise aux enchères de près de 1500 objets personnels de l’icône du rock. Derrière ce geste radical se cache l’histoire bouleversante d’une femme restée dans l’ombre, dont le destin s’est retrouvé intimement lié à l’un des plus grands artistes du XXe siècle.
Pour comprendre le lien indéfectible qui unit Mary Austin à Freddie Mercury, il faut remonter à la fin des années soixante, une époque où le groupe Queen n’était même pas encore une idée. Farrokh Bulsara, de son vrai nom, né à Zanzibar et arrivé en Angleterre avec sa famille, n’est alors qu’un jeune étudiant d’école d’art à la personnalité extravagante. C’est en 1969, dans la boutique londonienne branchée “Biba”, qu’il croise la route de Mary Austin. Née en 1951 dans le quartier modeste de Battersea, elle est la fille d’un poseur de papier peint et d’une domestique. Ayant grandi avec des parents sourds, elle a appris très tôt à communiquer en lisant sur les lèvres et par la langue des signes, développant ainsi une sensibilité et une discrétion particulières.
Face à la flamboyance du futur Freddie Mercury, la jeune vendeuse se montre d’abord hésitante. Mais la magie opère. En quelques mois, le jeune couple s’installe dans un minuscule appartement de la capitale britannique. Leur quotidien est simple, anonyme et profondément fusionnel. Mary Austin confiera plus tard que Freddie possédait une confiance en lui qu’elle n’avait jamais eue, et qu’ils ont véritablement grandi ensemble. Il lui faudra cependant trois ans pour tomber profondément amoureuse, un sentiment inédit et puissant qui la liera à lui pour l’éternité.
L’année 1972 marque un point de bascule irréversible. Queen signe son premier contrat d’enregistrement. En assistant à un concert dans l’ancienne école d’art de Freddie, Mary prend soudainement conscience du phénomène qui est en train de naître. Devant elle, l’homme qu’elle aime se transforme en une véritable bête de scène, magnétisant l’audience. Prise de panique à l’idée que cette gloire naissante ne l’éloigne de lui, elle tente ce soir-là de s’éclipser discrètement. Mais Freddie, refusant catégoriquement de la laisser partir, la rattrape. Dès lors, elle comprend qu’elle doit faire partie intégrante de cette aventure hors norme.
En 1973, l’ascension fulgurante de Queen leur permet de déménager dans un espace plus grand. C’est lors du jour de Noël de cette même année que Freddie Mercury lui fait sa demande en mariage, à travers un jeu de boîtes gigognes dissimulant une bague en jade. Surprise et choquée, Mary accepte. Les années qui suivent voient Queen conquérir la planète entière, portés par des albums iconiques comme “A Night at the Opera”, qui inclut la célèbre balade “Love of My Life”. Une chanson ouvertement dédiée par Freddie à celle qu’il présente au monde entier comme l’amour de sa vie.
Pourtant, c’est au sommet de la gloire que les premières failles apparaissent silencieusement dans leur intimité. Après près de six ans de vie commune, Mary perçoit un changement insidieux. Freddie rentre de plus en plus tard, la complicité s’étiole. Lorsqu’elle évoque l’achat d’une robe de mariée, il répond par la négative, marquant un coup d’arrêt brutal à leurs projets de mariage. Persuadée d’être devenue un fardeau et soupçonnant l’existence d’une autre personne, elle finit par le confronter.
La vérité éclate en 1976. Freddie Mercury avoue à Mary Austin l’évolution de ses sentiments et lui confesse sa bisexualité. Avec une lucidité et une intuition foudroyantes, elle lui répond : “Non Freddie, je ne pense pas que tu sois bisexuel, je pense que tu es gay.” Cette révélation met un terme définitif à leur relation amoureuse et charnelle, mais signe paradoxalement le début d’un lien d’une profondeur inouïe. Mary s’installe dans un appartement voisin, acheté par la maison d’édition musicale de la star, et reste le pilier central de son existence.
Tandis que Freddie assume pleinement son homosexualité et multiplie les relations, Mary reste omniprésente, l’accompagnant en tournée, omniprésente dans les coulisses. En 1985, il déclarera sans équivoque : “Le seul ami que j’ai c’est Mary, et je ne veux personne d’autre. Nous croyons l’un en l’autre, c’est suffisant pour moi.” Même lorsque Mary reconstruit sa vie sentimentale, donnant naissance à deux fils dont Freddie deviendra le parrain, leur connexion demeure inviolable. Le chanteur refusera toujours de la remplacer, jugeant l’entreprise “tout simplement impossible”.
La véritable épreuve survient en 1987, lorsque Freddie Mercury est diagnostiqué séropositif. À une époque où le SIDA est une sentence de mort sans traitement efficace, il choisit de garder sa maladie secrète. Mary Austin, aux côtés de Jim Hutton (le dernier compagnon du chanteur), l’accompagne dans ses ultimes souffrances. Elle veille fidèlement à son chevet, jour après jour, jusqu’à ce que la maladie l’emporte le 24 novembre 1991, à l’âge de 45 ans. “Quand il est mort, j’ai ressenti que nous avions eu un mariage. Nous l’avons vécu pour le meilleur et pour le pire”, avouera-t-elle plus tard, dévastée par la perte de son amour éternel.
Fidèle jusqu’au bout, Mary a scrupuleusement respecté les dernières volontés du chanteur. C’est elle, et elle seule, qui s’est chargée de disperser ses cendres dans un lieu secret, un mystère qu’elle n’a jamais dévoilé à quiconque. Sur le plan matériel, Freddie Mercury lui a légué la moitié de sa colossale fortune ainsi que le domaine de Garden Lodge.
Pourquoi alors, après plus de trente ans de sanctuarisation méticuleuse, choisir de s’en séparer ? En 2023, la mise aux enchères de ce patrimoine intime a stupéfié les admirateurs du groupe. Pour Mary Austin, l’explication est d’une bouleversante simplicité. “Le moment est venu pour moi de faire le choix difficile de fermer ce chapitre très spécial de ma vie”, a-t-elle confié. Souhaitant ne pas rester éternellement prisonnière du passé, elle a estimé qu’il n’était “pas juste” de garder ces objets pour elle seule. À 73 ans, cet acte courageux de dépossession volontaire résonne comme une ultime libération. Un moyen de faire le deuil de la matière, pour ne conserver, finalement, que l’essentiel : le souvenir immortel d’un amour que ni la gloire, ni la maladie, ni la mort n’auront réussi à effacer.