L’Incroyable Destin de Guy Williams : Du Zorro Triomphant à l’Exil Volontaire en Argentine
Plus d’un demi-siècle après ses débuts éclatants à la télévision, Guy Williams demeure une icône incontestée, un visage gravé dans la mémoire collective. Propulsé au rang de star internationale dans les années 1950 grâce à la série culte “Zorro” de Walt Disney, il a ensuite marqué les années 1960 en incarnant le Professeur John Robinson dans la série de science-fiction “Perdus dans l’espace” (Lost in Space). Pourtant, alors que le monde entier semblait à ses pieds, Guy Williams a fait un choix déconcertant : il a tourné le dos à Hollywood, s’est envolé pour l’Amérique du Sud et a laissé les projecteurs s’éteindre sur une carrière brillante. Que s’est-il réellement passé ? Aujourd’hui, les témoignages de ses proches et les recherches des historiens de la culture populaire nous éclairent sur la vie fascinante et atypique de cet acteur inoubliable.
Un Homme d’Affaires Avisé Derrière le Masque
Contrairement à la trajectoire tragique de nombreux acteurs qui, éblouis par le succès, dilapident leur fortune dans un train de vie extravagant, Guy Williams s’est révélé être un gestionnaire hors pair. Comme le souligne l’historien Geoffrey Mark, beaucoup de vedettes se retrouvent ruinées une fois les saisons télévisées terminées. Williams, lui, possédait un pragmatisme rare dans le show-business. Il a su placer et faire fructifier l’argent gagné grâce à “Zorro”. Ainsi, lorsque “Perdus dans l’espace” s’est achevé en 1968, il était un homme extrêmement riche. Financièrement indépendant, il n’avait plus l’obligation de travailler. Cette liberté financière lui a permis d’adopter une attitude détachée face aux exigences d’Hollywood, choisissant de se retirer avec élégance plutôt que de courir après les rôles.
Les Origines Modestes d’Armando Catalano
Avant de devenir le séduisant Zorro ou l’intrépide voyageur intergalactique, Guy Williams s’appelait Armando Joseph Catalano. Né le 14 janvier 1924 dans le quartier de Washington Heights à New York, il grandit dans la pauvreté. Ses parents, Attilio et Clara, des immigrés italiens, espèrent le voir suivre une voie classique, comme devenir courtier en assurance, à l’image de son père. Cependant, le jeune Armando se distingue très tôt. Doté d’une stature imposante de 1m90 et d’une allure séduisante, il aspire à autre chose. Malgré sa réussite en mathématiques, il décide de se lancer dans le mannequinat après la Seconde Guerre mondiale, période durant laquelle il avait travaillé comme soudeur et inspecteur de pièces d’avion. Ses photos rencontrent un succès immédiat, apparaissant dans de prestigieux magazines comme Harper’s Bazaar. C’est à ce moment, sur les conseils de son agent, qu’il change son nom “trop ethnique” pour l’époque, devenant Guy Williams, un nom plus “américain” et facile à commercialiser.
L’Ascension vers la Gloire : Zorro
Après des débuts modestes à Hollywood et un bref retour à New York où il rencontre et épouse Janice Cooper en 1948, Williams signe avec Universal International. Les petits rôles s’enchaînent sans grand succès, jusqu’à l’audition qui va bouleverser sa vie : celle de Don Diego de la Vega, alias Zorro, pour la nouvelle série de Walt Disney. Williams, avec son charisme, sa taille et ses talents d’escrimeur, est le candidat idéal. Geoffrey Mark explique que bien qu’il ait eu une grande cicatrice sur l’épaule, ce qui expliquait l’absence de photos torse nu, son visage et son physique étaient parfaits pour le rôle. L’accent de Zorro, d’abord très prononcé, fut ajusté au fil des tournages, révélant le perfectionnisme de Williams. La série, diffusée de 1957 à 1959, fut un triomphe immédiat, propulsant Guy Williams au rang de superstar.
Cependant, le succès eut un revers. Williams devint rapidement victime de “typecasting”, incapable de se défaire de l’image de Zorro aux yeux des producteurs. Une bataille juridique entre Disney et la chaîne ABC mit fin prématurément à la série, bloquant l’acteur dans ses projets tout en lui assurant un salaire confortable.
“Perdus dans l’espace” : Une Déception Masquée
Cherchant à se diversifier, Williams tourna quelques films en Europe avant de se voir offrir le rôle du Professeur John Robinson dans “Perdus dans l’espace” (1965-1968). Ce rôle semblait être l’opportunité idéale pour échapper à l’ombre de Zorro. Cependant, au milieu de la première saison, la dynamique de la série changea radicalement. Sous l’influence des retours du public, les scénaristes mirent en avant le Docteur Smith, Will Robinson et le Robot, marginalisant le personnage de Williams. Devenir un simple élément du décor, avec seulement quelques répliques par épisode, fut une source de frustration pour l’acteur habitué aux premiers rôles. Bien qu’il n’ait jamais exprimé publiquement son mécontentement, préférant en parler discrètement au producteur Irwin Allen, cette expérience contribua sans doute à sa désillusion croissante envers l’industrie hollywoodienne.
L’Argentine : Un Refuge et une Seconde Vie
La fin de “Perdus dans l’espace” marqua un tournant décisif. Riche et désabusé par Hollywood, Williams n’avait plus aucune raison de s’acharner. En 1973, une invitation en Argentine pour y reprendre son rôle de Zorro lui fit découvrir un public qui lui vouait une admiration sans bornes. Fasciné par cet accueil chaleureux et sincère, il décida de s’y installer définitivement, à l’exception d’un bref retour aux États-Unis en 1983. L’auteur Mark Cushman s’interroge sur les raisons profondes de cet exil, notant que peu de gens s’étaient penchés sur la question à l’époque. En Argentine, Williams trouva une reconnaissance qui lui manquait, un cadre de vie paisible, et la possibilité de vivre de sa légende en participant à des spectacles sur le thème de Zorro. Il y vécut une existence épanouie, loin des pressions et de l’ingratitude du show-business américain.
Une Fin Tragique et Solitaire
La fin de la vie de Guy Williams fut aussi discrète que son départ d’Hollywood. Disparu de la scène publique en 1989, il fut retrouvé mort dans son appartement de Buenos Aires le 6 mai de la même année, victime d’un anévrisme cérébral. Sa mort, passée inaperçue pendant plusieurs jours, ajoute une note mélancolique à l’histoire de cette star qui avait choisi l’effacement. Fait unique et révélateur de l’amour que lui portait son pays d’adoption, ses cendres furent temporairement conservées au cimetière de la Recoleta, un honneur habituellement réservé aux acteurs argentins. En 1991, son fils réalisa son dernier souhait en dispersant ses cendres dans l’océan Pacifique. Guy Williams s’est éteint à 65 ans, mais son héritage, celui d’un homme qui a su dompter la célébrité pour vivre selon ses propres termes, demeure intact, gravé dans les annales de la télévision mondiale.