Romina Power brise le silence : la tragédie intime qui a détruit son mariage avec Al Bano et précipité son exil dans le désert
Pendant des décennies, ils ont représenté l’incarnation même du romantisme à l’italienne. Le monde entier se passionnait pour le conte de fées offert par le duo légendaire formé par Al Bano et Romina Power. Leurs voix se mêlaient sur des mélodies joyeuses, leurs sourires illuminaient les écrans de télévision à travers toute l’Europe, et leur bonheur familial semblait invincible. Pourtant, derrière les paillettes et les succès planétaires, une tragédie indicible rongeait les fondations de ce couple emblématique, au point de provoquer l’éclatement de leur mariage. Aujourd’hui, à l’âge de soixante-treize ans, après de longues années de rumeurs incessantes, Romina Power a décidé de lever le voile sur ce que le public soupçonnait depuis longtemps. Depuis sa retraite isolée dans les vastes étendues arides de la Californie, l’artiste confie avec une sincérité désarmante la véritable raison de son divorce : une façon radicalement opposée de surmonter le drame insoutenable de la perte de leur fille. Plongée dans le destin hors du commun d’une héritière d’Hollywood qui a tout quitté pour survivre à la douleur, réapprendre à vivre et se réinventer loin du tumulte de la gloire.
Pour comprendre les choix radicaux qui jalonnent la trajectoire de Romina Power, il est indispensable de remonter à ses origines, profondément ancrées dans l’histoire dorée du cinéma américain. Née le deux octobre mille neuf cent cinquante et un, sous le soleil éclatant de Los Angeles, la petite fille grandit dans un environnement où le glamour absolu masque souvent une immense fragilité psychologique. Elle est la fille de Tyrone Power, immense star des années trente et quarante, inoubliable héros du “Signe de Zorro” et de “Arènes sanglantes”, et de l’actrice Linda Christian, reconnue notamment pour sa participation à “Tarzan et les Sirènes”. Bercée par l’effervescence des studios de tournage dès ses premiers instants, cette enfance que l’on pourrait croire privilégiée est rapidement assombrie par la séparation brutale de ses parents. Romina n’est alors qu’une toute jeune enfant, mais cette rupture lui infligera une blessure émotionnelle persistante. L’absence d’un noyau familial solide va forger en elle une soif inextinguible d’authenticité. Elle parvient néanmoins à tisser des liens indéfectibles avec ses géniteurs, sa mère devenant un pilier incontournable dans ses premiers pas artistiques. Très vite, la jeune femme arpente les plateaux, enchaînant des rôles dans diverses productions. Cependant, le cinéma de sa prime jeunesse ne comble pas le vide qu’elle ressent au fond d’elle-même. Elle se sait investie d’une mission plus vaste, une quête de sens qui ne trouvera sa véritable voie qu’à des milliers de kilomètres de la Californie.![]()
La vie de Romina Power bascule de manière spectaculaire à la fin des années soixante-dix, lorsqu’elle croise le chemin d’Albano Carrisi. Jeune chanteur italien profondément attaché à ses racines des Pouilles, il perçoit immédiatement le potentiel vocal et la sensibilité à fleur de peau qui se cachent derrière le visage juvénile de l’actrice. Cette rencontre providentielle bouleverse non seulement son destin personnel, mais également l’histoire de la populaire européenne. Al Bano l’invite à associer leurs voix, donnant naissance à un duo d’une puissance exceptionnelle, propulsé par une alchimie amoureuse indéniable. Avec des titres devenus instantanément des hymnes, tels que “Felicità” ou “Ci sarà”, le couple transcende les frontières. Ils ne se contentent pas de chanter l’amour : ils l’incarnent publiquement, devenant aux yeux de millions de fans la représentation suprême de la réussite conjugale. Autour de ce succès professionnel foudroyant, ils construisent un sanctuaire familial, donnant naissance à quatre enfants. Sur scène comme dans l’intimité, le bonheur semble inébranlable et pérenne.
Mais le destin, implacable, s’apprête à frapper le clan à son point le plus intime, déclenchant une onde de choc dont la famille ne se relèvera jamais. Au tout début de l’année mille neuf cent quatre-vingt-quatorze, le mythe s’effondre. Ylenia, la fille aînée du couple, alors âgée de vingt-trois ans, disparaît sans laisser la moindre trace. Étudiante brillante, récemment diplômée et passionnée par l’exploration, elle avait entrepris un voyage initiatique à travers le monde. Vue pour la dernière fois à proximité des eaux troubles du fleuve Mississippi, à La Nouvelle-Orléans, la jeune femme s’évapore littéralement. Malgré le déploiement de moyens colossaux, des enquêtes policières internationales approfondies et des appels désespérés lancés dans les médias du monde entier, le mystère demeure entier. Pour Romina Power, cet événement marque le point de départ d’une véritable crise existentielle et psychologique. Mue par l’instinct viscéral d’une mère, elle refuse catégoriquement d’envisager la mort de son enfant. « J’ai toujours cru que ma fille était vivante. Je n’ai jamais perdu l’espoir qu’un jour elle reviendrait », avouera-t-elle. Cette certitude devient son unique bouclier contre l’anéantissement total. L’espoir obstiné d’un miracle inattendu structure désormais son quotidien, faisant de chaque instant un combat silencieux contre l’absence.
Face à cette même douleur, Al Bano se retrouve happé par un processus de deuil diamétralement opposé. Dévoré par un chagrin asphyxiant, le chanteur réalise que cette incertitude permanente le détruit à petit feu. Dans un geste d’une immense violence symbolique, mais qu’il juge strictement indispensable à sa propre survie psychique, il entame des démarches officielles pour demander aux autorités de déclarer légalement le décès de sa fille. « Je sais qu’Ylenia n’est plus ici. Si je continue de croire qu’elle est vivante, je ne pourrai pas vivre. J’ai besoin de trouver une conclusion pour continuer ma vie », confiera-t-il avec une honnêteté brutale. Cette divergence fondamentale face au drame creuse un gouffre infranchissable entre les deux époux. Tandis que Romina s’agrippe fermement au déni salvateur pour survivre, Al Bano recherche une clôture judiciaire et morale pour endiguer le naufrage. L’incompréhension mutuelle devient totale. Cinq ans après la disparition de leur fille, au terme de conflits intérieurs dévastateurs, le couple décide de mettre un terme définitif à son union en mille neuf cent quatre-vingt-dix-neuf. La rupture est actée, signant la fin d’une ère.
Au lendemain de ce divorce retentissant, Romina Power prend une décision qui stupéfie la presse. Fuyant les sollicitations médiatiques et un environnement italien chargé de fantômes du passé, elle orchestre son exil. La star tourne délibérément le dos aux projecteurs pour s’installer dans une petite maison isolée, bâtie au cœur du désert californien. Ce choix de vie radical témoigne d’un besoin vital de silence. Dans ce nouveau sanctuaire aride et paisible, elle trouve enfin l’espace nécessaire pour panser ses plaies intérieures. L’ancienne icône de la chanson se consacre pleinement à la peinture. Sur ses toiles, elle laisse éclater les tourments qu’aucun mot ne peut véritablement traduire. Parallèlement, l’écriture s’impose comme une puissante forme de thérapie. Elle publie “Cercando mio padre” (À la recherche de mon père), un ouvrage intime dédié à Tyrone Power. Cet exercice littéraire lui permet d’explorer un premier deuil laissé en suspens depuis l’enfance, lui offrant une formidable libération émotionnelle. Loin des regards scrutateurs, elle confie avoir retrouvé un équilibre : « Je ne ressens plus le besoin de prouver quoi que ce soit à qui que ce soit. Ma vie est beaucoup plus simple et je m’y sens très épanouie. »
En deux mille vingt, Romina Power effectue un retour surprenant et chargé de symboles dans l’industrie cinématographique. Elle intègre le casting du film acclamé “Nightmare Alley”, sous la direction du réalisateur oscarisé Guillermo del Toro, aux côtés de Bradley Cooper et Cate Blanchett. Mais ce projet n’a rien d’un retour carriériste classique. Le long-métrage est en réalité le remake du film “Le Charlatan”, sorti en mille neuf cent quarante-sept, dans lequel s’illustrait magistralement son père, Tyrone Power. Une manière poignante de boucler la boucle d’une vie marquée par les séparations et de rendre hommage à cet homme parti trop tôt, dont elle ne gardait que de rares souvenirs d’enfance.
Aujourd’hui, l’actrice et chanteuse contemple son passé avec philosophie. Interrogée sur ses liens actuels avec Al Bano, qui a depuis refondé une famille avec Loredana Lecciso, elle évoque une relation empreinte de maturité : « Nous ne sommes plus mari et femme, mais nous sommes tous amis. Je le respecte pour ce que nous avons vécu ensemble. » En choisissant de s’éloigner des illusions du monde du spectacle pour affronter ses plus grandes peurs dans le calme absolu du désert, Romina Power incarne une formidable leçon d’humanité. Elle prouve que, même face à l’indicible douleur et à l’effondrement des plus belles légendes, l’être humain possède l’incroyable faculté de renaître de ses propres cendres.