“Une statue à la con” : À 83 ans, Eddy Mitchell atomise Laeticia Hallyday et l’hommage rendu à Johnny
Il y a des hommes que l’âge n’adoucit pas, mais qu’il rend au contraire plus tranchants, plus exigeants envers la vérité. À 83 ans, Eddy Mitchell est de cette trempe. Monument de la chanson française, dernier des géants d’une époque révolue, l’interprète de “Couleur Menthe à l’eau” ne s’embarrasse plus de diplomatie, de courtoisies de façade ou de “langue de bois”. Surtout lorsqu’il s’agit de défendre la mémoire de celui qui fut bien plus qu’un ami : son “demi-frère”, Johnny Hallyday. Depuis la disparition du Taulier en 2017, la fracture entre Eddy Mitchell et Laeticia Hallyday n’a cessé de s’agrandir. Aujourd’hui, elle semble irrémédiablement consommée, marquée par des déclarations d’une franchise brutale qui font l’effet d’une bombe dans le paysage médiatique.
L’hommage de la discorde : “Une statue à la c”
Tout a rebasculé publiquement le 14 septembre 2021. Ce jour-là, Paris inaugure en grande pompe une esplanade au nom de Johnny Hallyday devant l’Accor Arena. L’événement est grandiose, retransmis en direct, sous les yeux émus de Laeticia, entourée de ses filles Jade et Joy. Le clou du spectacle ? L’inauguration d’une œuvre monumentale : un manche de guitare géant surmonté d’une Harley Davidson, censée incarner l’âme rock du chanteur disparu. Les fans sont au rendez-vous, les caméras tournent, des dizaines d’artistes se succèdent pour chanter les tubes de l’idole.
Mais une absence crève l’écran. Eddy Mitchell, l’ami de 50 ans, le complice des “Vieilles Canailles”, manque à l’appel. Ni présent à l’inauguration, ni au concert. Certains l’excusent, pensant à un problème de santé. La vérité, elle, va éclater quelques jours plus tard dans les colonnes de Charts in France, froide et cinglante.
Interrogé sur cette statue, Eddy Mitchell lâche sans prévenir : “Je suis contre la statue à la con, je trouve ça ridicule.” Quatre mots qui claquent. Le chanteur refuse d’y voir le moindre hommage digne de ce nom. “Cette statue n’évoque rien. Ce n’est pas Johnny. De toute façon, je n’aime pas les places qui commémorent, ni les statues, les pigeons chient dessus.” L’attaque est frontale, sans fard.
Quant au concert hommage qui a suivi, son jugement est tout aussi implacable. Quand on lui demande pourquoi il n’y a pas participé, sa réponse coupe le souffle : “Fort heureusement, je n’étais pas prévu à l’affiche. Je ne fais pas les Restos du Cœur, donc je ne vois pas pourquoi j’irais faire ce genre de connerie. Je n’ai rien à voir avec ce genre de choses.” Le mot “connerie” est lâché. Eddy Mitchell ne veut pas participer à ce qu’il perçoit comme une mascarade, un grand spectacle artificiel bien éloigné de la vérité de son ami.
Le testament et la fidélité infaillible à David et Laura
Pour comprendre cette colère froide qui anime “Schmoll”, il faut remonter aux mois qui ont suivi le 5 décembre 2017, date du décès de Johnny. La révélation du testament, laissant l’intégralité de la fortune et des droits à Laeticia et ses deux filles, et déshéritant totalement David Hallyday et Laura Smet, a été le premier point de rupture.
Sur le moment, Eddy Mitchell avait d’abord pointé du doigt son ami. Au micro de BFMTV, il avait déclaré : “Ce n’est pas du tout contre sa veuve, c’est contre lui, contre la forme de son testament. Je ne comprends pas que l’on déshérite ses enfants.” Mais avec le temps et la bataille juridique sordide qui s’en est suivie, la cible a changé.
Car Eddy Mitchell n’est pas qu’un vieil ami : il est le parrain de Laura Smet. Il a vu cette jeune femme grandir, il connaît la force du lien qui l’unissait à son père, et il a assisté, impuissant puis révolté, à son humiliation publique. Voir sa filleule traînée dans la boue, accusée d’avidité alors qu’elle réclamait sa part d’héritage légitime, a profondément meurtri le chanteur. Même l’accord final trouvé en 2020 – Laura récupérant 2,5 millions d’euros et les droits de la chanson qui porte son nom – n’a pas pansé les plaies. Pour Eddy, la famille a été brisée, et Laeticia porte la lourde responsabilité de cette désintégration. Il a choisi son camp, celui de David et Laura, et n’en déviera jamais.
La censure de Laeticia : l’affront de trop
Si l’incompréhension s’était transformée en éloignement, un événement récent a mis le feu aux poudres. En octobre 2023, Eddy Mitchell publie “Ma discothèque idéale” et une compilation réunissant les grands succès de sa vie. Un album où l’on s’attend naturellement à retrouver les duos mythiques partagés avec son “demi-frère”. Mais Johnny y brille par son absence.
La raison, révélée par Eddy Mitchell au Parisien, est une nouvelle charge explosive contre la veuve du Taulier : “Elle a même refusé qu’il y ait des duos avec Johnny sur mon album. Elle, Laeticia.”
L’accusation est gravissime. Laeticia Hallyday aurait usé de son pouvoir d’ayant droit pour interdire à Eddy Mitchell, l’ami d’un demi-siècle, d’inclure des chansons partagées avec Johnny sur le propre album de sa vie. Pour le rockeur, c’est une censure inacceptable, un coup bas d’une mesquinerie sans nom. Comment effacer des décennies de complicité artistique et humaine, ces moments magiques partagés sur scène, notamment lors de la mémorable tournée des “Vieilles Canailles” avec Jacques Dutronc ?
Cet acte de refus a scellé définitivement la rupture. Dans la même interview, Eddy Mitchell annonce logiquement qu’il ne mettra pas les pieds à la grande exposition consacrée à Johnny Hallyday, organisée par Laeticia à Paris. Pour lui, la mémoire de son ami ne se monnaye pas dans des expositions, ne se fige pas dans des statues “à la con”.
“Je ne vais pas faire semblant” : le choix de la vérité
Où Eddy Mitchell se recueille-t-il ? Pas sur l’île de Saint-Barthélemy, “une île des Caraïbes qu’il déteste”, précise-t-il. Il se recueille dans ses souvenirs, dans la . En 2021, dans sa chanson “Un petit peu d’amour”, il s’adressait directement à Johnny avec une tendresse bourrue, teintée de reproches affectueux sur ses excès : “T’as brûlé toute ta vie, mais c’est pas faute de ne pas t’avoir prévenu. T’as rien écouté.” Et de conclure, bouleversant : “Pour moi tu étais plus qu’un ami, un demi-frère presque un sosie.”
À 83 ans, Eddy Mitchell s’élève au-dessus de la mêlée mondaine. Dans un milieu artistique français souvent sclérosé par la peur de déplaire, où beaucoup ménagent Laeticia Hallyday par calcul ou par lâcheté, lui choisit de parler dru. Cette colère n’est pas le fruit d’une aigreur, mais d’une indignation légitime. Il a vu son ami se consumer, ses enfants être reniés financièrement, et il assiste, selon lui, à la transformation de l’héritage de Johnny en un “business” aseptisé.
“Le temps estompe les choses, mais chacun reste sur ses positions”, constate-t-il avec lucidité. Entre Laeticia Hallyday et lui, la fracture est définitive. Il n’y aura pas de réconciliation de façade, pas de poignée de main hypocrite pour les photographes. Eddy Mitchell a fait son choix : celui de la loyauté envers David et Laura, et surtout, celui de la fidélité à la véritable nature de son amitié avec Johnny Hallyday. Une amitié brute, rock’n’roll, qui ne supporte ni les statues ridicules ni la censure, et qui résonnera bien plus fort et bien plus longtemps que n’importe quel hommage officiel.